Communiqué de presse sur les attaques meurtrières dans la région de Tillabéri (République du Niger)

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Communiqué de presse sur les attaques meurtrières dans la région de Tillabéri (République du Niger)

La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission) exprime sa vive préoccupation face aux informations faisant état de la mort d’au moins vingt-cinq (25) membres d’un groupe d’autodéfense dans la région de Tillabéri, à l’ouest de la République du Niger, à la suite d’attaques coordonnées attribuées à un groupe armé affilié à l’organisation de « l’État islamique ».

Selon des sources concordantes, les attaques ont visé plusieurs localités du district d’Anzourou, dans une zone frontalière avec le Mali, entraînant la mort de jeunes membres de milices communautaires et des blessés . Ces événements s’inscrivent dans un contexte marqué par une intensification des violences armées dans la région dite des « trois frontières », où des groupes armés non étatiques mènent de manière récurrente des attaques contre les populations civiles, les forces de sécurité et les acteurs locaux. 

La Commission africaine déplore ces pertes en vies humaines et présente ses sincères condoléances aux familles des victimes, ainsi qu’au peuple nigérien. Elle note que la région de Tillabéri demeure l’un des épicentres d’une crise sécuritaire prolongée, marquée par des attaques répétées, des déplacements de populations et des violations graves du droit international des droits de l’homme ainsi que du droit international humanitaire, notamment des exécutions sommaires, des destructions de biens civils et des entraves à l’accès humanitaire .

La Commission rappelle que le droit à la vie, garanti par l’article 4 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (la Charte), constitue un droit non dérogeable et que les États ont l’obligation non seulement de s’abstenir de porter atteinte à ce droit, mais également de prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir les violations, protéger les populations civiles et enquêter sur les atteintes alléguées.

La Commission souligne que, même dans des situations de violence armée, les obligations découlant de la Charte continuent de s’appliquer conjointement avec les règles pertinentes du droit international humanitaire. À cet égard, elle rappelle ses “Principes et lignes directrices sur les droits de l’homme et des peuples dans la lutte contre le terrorisme en Afrique” (2015), qui consacrent notamment les principes de légalité, de nécessité, de proportionnalité et de précaution dans l’usage de la force.

La Commission souligne également que la multiplication des groupes d’autodéfense communautaires, tolérée ou encouragée dans certains contextes sécuritaires, ne saurait exonérer l’État de ses obligations en matière de protection des droits humains. Elle rappelle que les États doivent garantir que toutes les forces opérant sous leur juridiction ou leur contrôle respectent pleinement les normes applicables et soient soumises à des mécanismes effectifs de supervision et de responsabilité. 

À la lumière de ce qui précède, la Commission africaine :

•    appelle les autorités nigériennes à renforcer les mesures de protection des populations civiles, en particulier dans les zones exposées aux violences armées ;
•    invite les autorités compétentes à mener des enquêtes promptes, impartiales, indépendantes et effectives sur toutes les violations alléguées du droit à la vie ;
•    rappelle à toutes les parties impliquées l’obligation de respecter strictement les règles du droit international humanitaire et les normes pertinentes du droit international des droits de l’homme.

La Commission réitère son invitation à l’Union africaine ainsi qu’à la Communauté internationale à redoubler d’efforts afin de prévenir et combattre le terrorisme et de consolider les actions et initiatives engagées dans la prévention et la lutte contre le terrorisme au Niger et dans d’autres pays du Sahel.

 
Banjul, le 3 mars 2026  
Honorable Commissaire Idrissa SOW
Président de la Commission Président du Groupe de travail sur la Peine de mort, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires et les disparitions forcées en Afrique

Honorable Commissaire Selma SASSI-SAFER
Commissaire en charge de la situation des droits de l’homme en République du Niger