Soudan : À l’occasion du troisième anniversaire du conflit, les Missions d’établissement des faits de l’ONU et de la CADHP-UA alertent conjointement sur l’intensification de la violence et le risque accru de nouvelles atrocités.
13 avril 2026
À l’orée de la quatrième année du conflit au Soudan, de graves et systématiques violations du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire se poursuivent, avec une intensité croissante et dans un climat d’impunité. Ces violations, imputables aux Forces de soutien rapide (FSR) et aux Forces armées soudanaises (FAS), portent la violence à des niveaux extrêmement préoccupants à l’échelle nationale.
Depuis le déclenchement des hostilités à la mi-avril 2023, des dizaines de milliers de civils ainsi que des personnes hors de combat auraient perdu la vie dans un conflit caractérisé par une brutalité systématique et un mépris manifeste des normes fondamentales du droit international.
Les enquêtes menées par la Mission internationale indépendante des Nations Unies d’établissement des faits pour le Soudan, ainsi que par la Mission conjointe de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples – Union africaine, ont établi que les FAS et les FSR, de même que leurs alliés, portent la responsabilité de graves violations du droit international humanitaire et des droits de l’homme, de nature et d’intensité diverses. Ces violations incluent des exécutions, des détentions arbitraires, des actes de torture et le recours généralisé à des attaques aveugles sans distinction entre cibles militaires et civiles, telles que des frappes aériennes, des bombardements et des attaques de drones dans des zones densément peuplées. Des biens civils essentiels à la survie, notamment des infrastructures médicales et des marchés alimentaires, ont été délibérément pris pour cible, aggravant une crise humanitaire déjà catastrophique.
Les efforts déployés pour assurer la fourniture d’une assistance humanitaire de base ont été à maintes reprises entravés, notamment par des attaques dirigées contre des convois humanitaires. Des prestataires de services essentiels – parmi lesquels des travailleurs humanitaires, du personnel médical et des défenseurs des droits de l’homme – ont été tués, blessés, détenus ou demeurent portés disparus. Les attaques de représailles se poursuivent, les deux parties visant des personnes perçues comme affiliées ou favorables au camp adverse.
Les violations imputables aux Forces de soutien rapide (FSR) se sont avérées particulièrement étendues et systématiques, traduisant un mode opératoire structuré et récurrent. Elles incluent notamment des actes de pillage, des violences sexuelles et un ciblage ethnique, dévastant des vies et anéantissant des communautés entières.
De graves violations ont été constatées et documentées dans plusieurs régions, notamment à Khartoum, au Darfour, dans le Gezira et au Kordofan, et s’étendent désormais au Nil Bleu, au Nil Blanc ainsi qu’aux monts Nuba.
La Mission onusienne d’établissement des faits a conclu que des crimes internationaux ont été perpétrés au Soudan. Elle a établi que les deux parties au conflit sont coupables de crimes de guerre, notamment par des actes de meurtre, de détention arbitraire, de torture et par le recours à des attaques aveugles. Elle a également constaté que les FSR ont commis d’autres crimes de guerre, tels que l’utilisation de la famine comme arme, ainsi que des crimes contre l’humanité, comprenant des viols et violences sexuelles à grande échelle, des persécutions et des exterminations par privation de nourriture, de médicaments et d’assistance humanitaire. S’agissant de la prise de contrôle d’El-Fasher en octobre 2025, la Mission a mis en évidence un schéma flagrant de ciblage identitaire par les FSR contre les communautés Zaghawa et Fur, traduisant un mode opératoire présentant les caractéristiques du génocide.
La Mission conjointe de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a conclu que ces violations graves constituaient des atteintes au droit à la vie, au droit à la dignité humaine, à la liberté et à la sécurité de la personne, aux libertés fondamentales, à la liberté de circulation, aux droits économiques, sociaux et culturels, ainsi qu’aux droits de l’enfant. Elles portent également atteinte aux droits collectifs des peuples, notamment le droit à l’égalité, à l’existence, à la paix, à la sécurité et au développement, et traduisent un ciblage des groupes vulnérables ainsi que des violences sexuelles liées au conflit.
Le conflit a engendré l’une des plus graves crises de déplacement à l’échelle mondiale. Au début du mois de mars 2026, plus de 8,6 millions de personnes étaient déplacées à l’intérieur du territoire national, tandis que plus de 4 millions avaient trouvé refuge à l’étranger. Les femmes, les enfants, les personnes âgées et les groupes vulnérables continuent de supporter de manière disproportionnée le fardeau de cette tragédie. Le mépris persistant des deux parties pour le droit international des droits de l’homme et le droit international humanitaire, y compris leurs obligations de protéger les civils et les infrastructures civiles, requiert des mesures urgentes, coordonnées et décisives. Toutes les parties doivent garantir un accès humanitaire rapide, sûr et sans entrave, conformément aux prescriptions du droit international humanitaire, et s’abstenir de toute attaque ou obstruction visant le personnel et les moyens humanitaires.
La reddition de comptes pour les crimes d’atrocité commis à travers le Soudan demeure essentielle afin de prévenir de nouvelles violations. En l’absence de poursuites contre les auteurs, l’impunité – moteur central de ce conflit – continuera de prévaloir et compromettra les perspectives de paix durable au Soudan et dans l’ensemble de la région. À l’aube de la quatrième année de ce conflit destructeur, les Missions réitèrent leurs appels à toutes les parties prenantes, aux États membres de l’Union africaine et des Nations Unies, ainsi qu’aux instances régionales et internationales, afin de :
• Donner la priorité aux efforts visant à garantir un cessez-le-feu global et durable.
• Assurer le plein respect par les FSR et les FAS du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme, y compris de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, en garantissant notamment le passage sûr des personnes fuyant les zones de combats actifs, l’accès humanitaire sans entrave à toutes les communautés affectées, la protection des travailleurs humanitaires et des services d’urgence, et la cessation immédiate des attaques contre les civils, telles que les exécutions, les violences sexuelles, la torture, les détentions arbitraires et les pillages.
• Veiller au respect par tous les États et entreprises de l’embargo sur les armes au Darfour, conformément à la Résolution 1556 (2004) du Conseil de sécurité, et appliquer les sanctions existantes de l’ONU et de l’Union africaine.
• Soutenir les efforts de la Cour pénale internationale au Soudan et coopérer pleinement avec elle.
• Mettre en place un mécanisme judiciaire indépendant complémentaire, chargé de poursuivre les crimes internationaux commis au Soudan, en coordination avec les initiatives de justice internationale existantes.
• Accorder aux Missions d’établissement des faits de l’ONU et de la CADHP un accès à toutes les régions du Soudan, afin de mener des enquêtes indépendantes.
À l’occasion de cet anniversaire, les Missions d’établissement des faits réaffirment leur engagement à documenter les violations, à porter la voix des victimes et des survivants, et à contribuer aux efforts visant à garantir la responsabilité, la protection des civils, ainsi que le rétablissement de la paix, de la justice et de la dignité pour le peuple soudanais.
FIN
Contexte: « La Mission internationale indépendante d’établissement des faits pour le Soudan a été instituée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en octobre 2023, par la Résolution A/HRC/RES/54/2. Elle est composée de Chande Mohamed Othman (Président), Mona Rishmawi et Joy Ngozi Ezeilo. Son mandat a été prorogé pour une année supplémentaire en octobre 2025, par la Résolution A/HRC/RES/60/3. Sa mission principale consiste à enquêter et à établir les faits, les circonstances et les causes profondes de toutes les violations et atteintes alléguées aux droits de l’homme et au droit international humanitaire, y compris celles commises contre les réfugiés, ainsi que des crimes connexes dans le contexte du conflit armé en cours depuis le 15 avril 2023 entre les Forces armées soudanaises, les Forces de soutien rapide et d’autres parties belligérantes.
Pour toute demande d’informations, veuillez contacter : Todd Pitman, Conseiller en communication pour les organes d’enquête du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies : todd.pitman@un.org / +41 76 691 1761.
La Mission conjointe d’établissement des faits de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples sur la situation des droits de l’homme au Soudan a été mandatée par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine dans son Communiqué [PSC/PR/COMM.(XXXX) (2023)], et instituée par la Commission africaine à travers les Résolutions ACHPR/Res.590 (LXXX) 2024, ACHPR/Res.609 (LXXXII) 2024, ACHPR/Res.635 (LXXXIII) 2025 et ACHPR/Res.642 (LXXXV) 2025. Elle est investie de la responsabilité d’enquêter et d’établir les faits, les circonstances et les causes profondes des violations et atteintes alléguées au droit international des droits de l’homme, au droit international humanitaire et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, commises dans le contexte du conflit armé déclenché le 15 avril 2023, et de formuler des recommandations relatives à la reddition de comptes, à la protection des civils et au respect des droits de l’homme et du droit humanitaire.
Pour toute demande d’informations, veuillez contacter : Samantha Kambule kambules@africanunion.org
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