Communiqué de presse sur la découverte de fosses communes et de sites de détention clandestins de migrants dans l’Etat de Libye
La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission africaine) suit de près l’évolution de la situation des droits de l’homme en Libye et exprime sa profonde préoccupation à la suite d’informations faisant état de la découverte de sites de détention clandestins, y compris un site souterrain, ainsi que d’une fosse commune contenant les corps de personnes migrantes, dans l’est et le sud-est du pays.
La Commission africaine est particulièrement alarmée par les informations selon lesquelles les autorités libyennes auraient procédé à la libération de plus de deux cents (200) migrants d’un lieu de détention clandestin dans la région de Kufra, où des personnes - y compris des femmes et des enfants - auraient été maintenues dans des conditions inhumaines.
La Commission africaine note également, avec une vive inquiétude, les informations relatives à la découverte d’une fosse commune contenant au moins vingt-et-un (21) corps près d’Ajdabiya, à la suite d’une opération menée sur un site où des migrants auraient été retenus. Elle présente ses condoléances aux familles de victimes.
Dans ce contexte, la Commission africaine salue les actions entreprises par les autorités libyennes ayant conduit à la découverte de ces lieux, à la libération de personnes détenues, ainsi qu’à l’engagement de procédures visant à établir les responsabilités. La Commission félicite les autorités pour les mesures annoncées en matière d’enquête et de poursuites, notamment les informations faisant état d’un renvoi devant la justice d’au moins une personne pour des faits liés à la traite, et de la poursuite d’autres suspects.
La Commission africaine condamne avec la plus grande fermeté les actes de traite des êtres humains, de détention illégale, ainsi que tout traitement cruel, inhumain ou dégradant, et rappelle que de tels actes constituent des atteintes graves aux droits garantis par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, notamment le droit à la vie et le droit à la dignité humaine (articles 4 et 5), ainsi que le droit à la liberté et à la sécurité de la personne (article 6).
La Commission rappelle par ailleurs que les autorités libyennes, conformément à leurs obligations pertinentes, ont le devoir de prévenir les violations, de protéger toute personne relevant de leur juridiction, et de diligenter des enquêtes rapides, indépendantes et impartiales, en veillant à la préservation des preuves, à l’identification des victimes, ainsi qu’à la poursuite et la sanction des auteurs et complices, y compris les réseaux de traite et de trafic. À cet égard, la Commission rappelle également les obligations découlant des autres instruments internationaux et régionaux, y compris le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (2018), ainsi que les « Principes directeurs africains relatifs aux droits de l’homme de tous les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile » (2023). Elle rappelle, en outre, ses standards pertinents, notamment son Observation générale n°3 sur « le droit à la vie » (2015), ses « Lignes directrices pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées » (2022), ainsi que sa Résolution CADHP/RES. 486 (EXT.OS/XXXIII) 2021 sur les migrants et réfugiés disparus en Afrique et les conséquences sur leurs familles. La Commission souligne, à ce titre, l’importance de faciliter, dans le strict respect de la dignité de la personne humaine, la récupération des corps, leur identification et l’information des familles dès que cela est possible.
En conséquence, la Commission africaine invite les autorités libyennes à :
• poursuivre et intensifier les opérations visant à identifier, fermer et démanteler les sites de détention clandestins et les réseaux criminels qui les exploitent, tout en assurant la redevabilité des responsables ;
• garantir un accès effectif à une assistance médicale, psychosociale et juridique pour les personnes secourues, avec une attention particulière aux besoins spécifiques des enfants et des femmes ;
• mettre en place des mécanismes de protection des victimes et des témoins, et assurer des voies de recours effectives ;
• renforcer la coopération judiciaire et opérationnelle, y compris au niveau régional et international, afin de combattre les réseaux criminels transnationaux responsables de ces abus.
Enfin, la Commission africaine appelle l’Union africaine, les Communautés économiques régionales et la Communauté internationale à redoubler d’efforts afin de soutenir les actions de protection des personnes en mouvement, de lutter contre la traite des êtres humains et de renforcer les réponses fondées sur les droits de l’homme.
Fait à Banjul, le 26 janvier 2026
Hon Commissaire Idrissa SOW
Président de la Commission
Président du Groupe de Travail sur la Peine de mort, les Exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires et les disparitions forcées en Afrique
Hon. Commissaire Selma SASSI-SAFER
Rapporteure Spéciale sur les réfugiés, les demandeurs d'asile, les personnes déplacées internes et les migrants en Afrique
Commissaire en charge de la situation des droits de l’homme dans l’Etat de Libye








