La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission) exprime sa profonde préoccupation face à l’aggravation, depuis le début du mois de décembre 2025, des déplacements forcés et de la crise humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), en particulier dans la province du Sud-Kivu, dans un contexte de violences armées persistantes.
Selon les informations parvenues à la Commission, l’intensification des combats aurait contraint environ 500 000 personnes à quitter leur foyer depuis le 1er décembre 2025, tandis que les services essentiels se trouvent au bord de l’effondrement : structures de santé pillées, ruptures de médicaments, écoles fermées, et communautés privées d’eau potable, de soins et de moyens de subsistance. La Commission relève avec une inquiétude particulière l’atteinte portée aux droits des enfants, notamment à travers l’interruption massive de la scolarité, avec plus de 391 000 enfants ne fréquentant plus l’école. De telles ruptures compromettent durablement l’exercice du droit à l’éducation et accroissent l’exposition des enfants à des risques élevés d’exploitation, de violences et de séparations familiales.
Dans ce contexte d’instabilité, la Commission s’alarme de la vulnérabilité accrue des personnes déplacées et des communautés d’accueil, en particulier des femmes, des enfants , des personnes âgées et en situation de handicap, davantage exposés à des atteintes graves à la dignité et à l’intégrité, ainsi qu’à des risques d’abus et de violences, y compris les violences fondées sur le genre.
Parallèlement, la Commission est préoccupée par la présence de munitions non explosées et autres restes explosifs de guerre, conjuguée à une dégradation rapide des conditions d’hygiène et de santé publique. Elle note, à cet égard, la recrudescence de maladies hydriques, notamment des cas de choléra signalés dans les territoires de Fiziet d’Uvira.
Ces atteintes se déploient sur fond d’insécurité alimentaire et de malnutrition en nette aggravation. La Commission prend acte des alertes relatives au risque imminent d’interruption de l’assistance humanitaire faute de financements suffisants. Elle relève en outre que la situation s’inscrit dans une dégradation structurelle : 4,18 millions d’enfants âgés de 6 à 59 mois souffriraient ou risqueraient de souffrir de malnutrition aiguë jusqu’à juin 2026, tandis que plus de 1,53 million de femmes enceintes ou allaitantes devraient nécessiter une prise en charge nutritionnelle. La Commission souligne que ces chiffres traduisent une menace directe sur le droit à la santé et le droit à une alimentation adéquate, ainsi que sur la survie et le développement notamment des enfants.
La Commission souligne enfin la dimension régionale de la crise, qui exerce une pression croissante sur les mécanismes de protection et d’accueil des États voisins. Les violences à l’Est de la RDC ont entraîné des mouvements au-delà des frontières, notamment vers le Burundi et le Rwanda. Au Burundi, depuis le 5 décembre 2025, plus de 100 000 réfugiés congolais et rapatriés burundais auraient été accueillis. La Commission rappelle, à cet égard, que l’accès effectif à l’asile, le respect du principe de non-refoulement et l’assistance aux réfugiés comme aux communautés hôtes constituent des obligations fondamentales au regard des normes africaines et internationales applicables.
Au regard de ces développements, la Commission rappelle que la RDC, en tant qu’État partie à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, a l’obligation de respecter, protéger et réaliser les droits garantis par la Charte, notamment le droit à la vie et à l’intégrité, l’interdiction des traitements cruels, inhumains ou dégradants, le droit à la liberté et à la sécurité, le droit à la santé et le droit à l’éducation. Elle rappelle également que la protection des personnes déplacées internes doit s’inscrire dans les obligations pertinentes de la Convention de l’Union africaine sur la protection et l’assistance aux personnes déplacées internes en Afrique (Convention de Kampala). La Commission rappelle en outre que toutes les parties aux hostilités sont tenues de respecter le droit international humanitaire, en particulier les principes de distinction et de précaution, l’interdiction des attaques visant les civils et les biens de caractère civil, ainsi que l’obligation de faciliter un accès humanitaire effectif.
Dans ce cadre, la Commission appelle instamment les autorités compétentes de la RDC et l’ensemble des acteurs concernés à : (i) renforcer immédiatement la protection des civils, en intégrant de manière systématique une approche de protection de l’enfance et de prévention des violences fondées sur le genre ; (ii) garantir un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave, ainsi que la protection du personnel humanitaire et médical et la continuité des services essentiels ; (iii) assurer l’enregistrement, la documentation et l’assistance non discriminatoire aux personnes déplacées internes, dans des conditions compatibles avec la dignité humaine ; (iv) prévenir, faire cesser et sanctionner les violations, par des enquêtes effectives, indépendantes et impartiales et des poursuites conformément aux normes applicables, en assurant aux victimes un accès effectif à la justice et à des réparations appropriées ; (v) mettre en œuvre, de bonne foi, les obligations découlant de la Charte africaine et de la Convention de Kampala, en privilégiant des solutions durables fondées sur la sécurité et la dignité.
Enfin, la Commission lance un appel urgent à la communauté internationale et à tous les partenaires afin qu’ils renforcent leur soutien à la réponse humanitaire, à la protection et aux services essentiels, compte tenu de l’ampleur des besoins et des déficits de ressources, afin d’éviter une détérioration rapide et irréversible de la situation humanitaire dans la région.
Banjul, le 29 décembre 2025
Honorable CommissaireSelma SASSI-SAFER
Rapporteure spéciale sur les réfugiés, les demandeurs d’asile, les personnes déplacées internes et les migrants en Afrique








