Communiqué de presse sur les violences survenues à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), Sénégal, entrainant le décès d’un étudiant

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Communiqué de presse sur les violences survenues à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), Sénégal, entrainant le décès d’un étudiant

La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission) suit avec une vive préoccupation les informations relatives aux violences survenues à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), qui ont entraîné le décès de l’étudiant Abdoulaye Ba, dans un contexte de tensions sur le campus, notamment liées à des réformes envisagées dans les modalités d’octroi de la bourse aux étudiants des universités publiques et, plus largement, sur les conditions de vie et d’études.

La Commission africaine présente ses sincères condoléances à la famille de M. Abdoulaye Ba, à ses proches, ainsi qu’à l’ensemble de la communauté universitaire.

La Commission rappelle que le droit à la vie et à l’intégrité de la personne est garanti par l’article 4 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (la Charte), tandis que l’article 5 consacre la dignité humaine et prohibe les traitements cruels, inhumains ou dégradants. Elle met également en exergue les articles 9, 10 et 11 relatifs à la liberté d’expression, à la liberté d’association et au droit de réunion pacifique.

La Commission africaine souligne que, si l’État a le devoir de maintenir l’ordre public, ce devoir doit s’exercer dans le strict respect des principes de légalité, nécessité, proportionnalité, précaution et redevabilité. À cet égard, elle précise que ses Lignes directrices sur les conditions d’arrestation, de garde à vue et de détention provisoire en Afrique (Lignes directrices de Luanda, 2014) affirment que le recours à la force et aux armes à feu ne peut être envisagé qu’en dernier ressort, dans des conditions strictement nécessaires, et qu’il doit toujours être assorti de mécanismes effectifs de contrôle, d’enquête et de responsabilité.

La Commission africaine insiste en outre sur le fait que la prévention durable de tels drames exige aussi de traiter les causes profondes des crises universitaires et des réponses concertées, conformément aux obligations des États en matière de droits économiques, sociaux et culturels, au premier rang desquels le droit à l’éducation, garanti par l’article 17 de la Charte africaine et l’exigence d’un environnement d’apprentissage sûr, inclusif et respectueux de la dignité humaine.

La Commission tient à mettre en avant par ailleurs les dispositions de ses Directives sur le maintien de l'ordre lors des rassemblements, adoptées en 2017, concernant notamment le rôle primordial des agents chargés de l'application de la loi dans la garantie de la sécurité du public et la sauvegarde des droits humains de tous. Elle met enfin en lumière
les dispositions de la Loi type sur la police en Afrique de 2019 , adoptée par le PAP, qui souligne le rôle des services de police dans la protection de la vie, de la liberté et des biens de tous.

Tout en prenant acte des déclarations des autorités sénégalaises annonçant l’ouverture d’une enquête afin d’établir les circonstances exactes du décès de M. Abdoulaye Ba et de situer les responsabilités éventuelles, conformément aux lois et règlements en vigueur, la Commission africaine :

• appelle l’État du Sénégal à veiller à ce que l’enquête annoncée soit prompte, indépendante, impartiale, approfondie et transparente, et à ce que toute responsabilité établie donne lieu à des poursuites et sanctions appropriées, conformément aux obligations nationales et régionales applicables ;    
• invite les autorités à renforcer, dans la gestion des rassemblements et des tensions sur les campus, les garanties de prévention de l’usage excessif de la force, notamment par la formation, l’encadrement opérationnel, la traçabilité des interventions et l’accès effectif aux mécanismes de recours et de contrôle, conformément aux standards pertinents rappelés par la Commission africaine ;    
• encourage un dialogue inclusif, constructif et de bonne foi entre les autorités compétentes, les autorités universitaires, les représentants étudiants et les autres acteurs concernés, afin de parvenir à une désescalade rapide et à une sortie de crise pacifique, dans le respect des droits et responsabilités de chacun.

Fait à Banjul, le 10 février 2026 

Honorable Commissaire Selma SASSI-SAFER    
Commissaire en charge de la situation des droits de l’homme en République du Sénégal

Honorable Commissaire Maria Teresa MANUELA
Rapporteure spéciale sur les prisons, les conditions de détention et l'action policière en Afrique

Honorable Commissaire Mudford Zachariah MWANDENGA
Président du Groupe de travail sur les droits économiques, sociaux et culturels en Afrique