Communiqué de presse sur le naufrage au large de Zuwara (Etat de Libye) ayant causé la mort ou la disparition d’au moins 53 migrants et réfugiés, dont deux nourrissons
La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission) exprime sa profonde tristesse et sa vive préoccupation à la suite du naufrage survenu au large de Zuwara (Libye), ayant entraîné la mort ou la disparition d’au moins cinquante-trois (53) migrants et réfugiés de diverses nationalité africaines, parmi lesquels deux nourrissons, après le chavirement d’une embarcation transportant cinquante-cinq (55) personnes. Seules deux survivantes ont pu être secourues lors d’une opération de recherche et de sauvetage menée par les autorités libyennes.
Selon les informations rapportées à la Commission, l’embarcation - un canot pneumatique - aurait quitté Zaouïa (Zawiya), à l’ouest de Tripoli, dans la soirée du 5 février 2026, avant de chavirer en mer quelques heures plus tard après avoir pris l’eau.
La Commission africaine adresse ses sincères condoléances aux familles des victimes et réaffirme sa solidarité avec les survivantes ainsi qu’avec toutes les personnes affectées par ce drame. Elle rappelle que cette tragédie survient dans un contexte de risques persistants sur la route de la Méditerranée centrale, où l’Organisation Interantionale pour la Migration (OIM) recense déjà, pour l’année 2026, au moins 484 migrants morts ou portés disparus.
La Commission africaine rappelle que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (la Charte), notamment en ses articles 4, 5 et 12, garantit à toute personne, indépendamment de son statut migratoire, le droit à la vie, le droit à la dignité et l’interdiction des traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que la liberté de circulation. Elle souligne que ces droits emportent, pour les États, des obligations positives de prévention, de protection, d’assistance et d’enquête effective lorsqu’une atteinte grave est alléguée ou survenue, ainsi que des devoirs de coopération en matière de sauvetage en mer et de lutte contre les réseaux criminels qui exploitent la vulnérabilité des personnes migrantes.
La Commission africaine rappelle, en outre, que les États parties ont l’obligation de protéger tous les migrants, réfugiés et demandeurs d’asile conformément à leurs engagements internationaux et régionaux, notamment à la lumière des instruments pertinents adoptés par la Commission dont, les Principes directeurs africains sur les droits de l’homme de tous les migrants, réfugiés et demandeurs d’asile (2023) et la Résolution CADHP/Res.486 (2021) sur les migrants et réfugiés disparus en Afrique et les conséquences pour leurs familles.
Dans ce contexte, la Commission africaine se déclare particulièrement préoccupée par les informations persistantes faisant état de violations graves et systématiques à l’encontre de migrants interceptés et ramenés en Libye, notamment des détentions arbitraires, des extorsions, et du travail forcé.
Au regard de ce qui précède, la Commission africaine :
• appelle les États concernés, y compris les États côtiers, à renforcer les capacités et la coordination des opérations de recherche et de sauvetage, afin de prévenir de nouvelles pertes en vies humaines, et à assurer une assistance immédiate, humaine et non discriminatoire aux survivants ;
• invite les États à ouvrir et élargir des voies de migration sûres et régulières, et à veiller à ce que les politiques de gestion migratoire, y compris les dispositifs de contrôle, soient conçues et mises en œuvre dans le plein respect des droits fondamentaux des personnes migrantes ;
• demande que des mesures renforcées soient prises pour prévenir et réprimer la traite des personnes et le trafic illicite de migrants, notamment par des enquêtes effectives, des poursuites diligentes et la protection des victimes, en particulier des femmes, des enfants et des autres personnes en situation de vulnérabilité ;
• réaffirme l’exigence que toute action de contrôle, d’interception et de retour respecte strictement les garanties procédurales et substantielles applicables, y compris le respect de la dignité humaine et la protection contre les traitements prohibés ;
• encourage l’Union africaine et ses partenaires internationaux à intensifier l’appui aux États de la région pour l’élaboration et la mise en œuvre de politiques migratoires fondées sur les droits humains, ainsi que de programmes s’attaquant aux causes profondes des départs forcés.
La Commission africaine demeure pleinement saisie de la situation et réaffirme sa détermination à poursuivre son engagement, conformément à son mandat, en faveur de la protection des droits humains de toutes les personnes migrantes, réfugiées et demandeuses d’asile.
Fait à Banjul, le 11 février 2026
Honorable Commissaire Selma SASSI-SAFER
Commissaire en charge de la situation des droits de l’homme dans l’Etat de Libye
Rapporteure spéciale sur les réfugiés, les demandeurs d’asile, les personnes déplacées internes et les migrants en Afrique








